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Geneviève Lanthier

Étudiant(e)s des cycles supérieurs
Programme d'étude
Maîtrise en études littéraires
Université
Université du Québec à Montréal
Courriel
genevieve_lanthier@hotmail.com
Titre du mémoire et/ou de la thèse

«Étude de la figure sylvestre et de ses impacts sur les relations personnelles, animales et naturelles dans Le lièvre de Vatanen (1975, trad. fr., 1989), d’Arto Paasilinna»

Sous la direction de

Dans l’imaginaire occidental, la forêt constitue un archétype important — une figure universelle relevant de l’inconscient collectif qui se manifeste, entre autres, dans les contes et les mythes (Harrison, 1992 ; Agnel, 2011). En effet, la forêt devient l’hôtesse d’un lieu de rencontres où les espèces humaines, végétales et animales se côtoient et développent des liens de différentes natures (Bouvet et Olivieri-Godet, 2018). Considérée parfois comme un lieu de perdition, qui effraie, qui se retrouve en marge de la société et qui devient le refuge de personnages marginaux, elle prend parfois les traits d’une créature (Harrison, 1992). À l’inverse, elle peut symboliser un lieu qui offre la possibilité à l’homme de prendre de la distance avec la civilisation (Bouvet et Olivieri-Godet, 2018), de retourner à des valeurs simples, un paradis terrestre, un havre de paix, un monde à part à l’intérieur duquel calme et harmonie règnent (Thoreau, 1862). La forêt se livre donc perpétuellement à un double jeu. À partir du XIXe siècle, le souci de l’environnement et la curiosité de l’homme face à son univers naturel deviennent des enjeux importants ; principalement dans la tradition littéraire anglo-saxonne (Schoentjes, 2015). En effet, les écrivains du nature writing, tels que Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau accordent, chacun à leur manière — l’un jette les bases théoriques de la contemplation de la nature (Emerson, 1836) et l’autre les écrit (Thoreau, 1854) —, une place de choix à l’environnement naturel dans leurs œuvres (Schoentjes, 2015). Représentant une véritable institution aux États-Unis, ce courant littéraire constitue un élément déterminant dans la construction identitaire des Américains (Suberchicot, 2002). Cette tradition trouve également écho chez plusieurs écrivains du Nord de l’Europe, tel qu’Arto Paasilinna, qui useront, entre autres, d’ironie afin d’exposer de manière efficace les préoccupations environnementales actuelles (Schoentjes, 2015).   

Pour ce mémoire, mon choix de corpus s’est arrêté sur Le lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna. Ce roman picaresque présente les aventures rocambolesques d’un journaliste finlandais, Kaarlo Vatanen, et de son fidèle acolyte, un lièvre repêché dans la forêt à la suite d’un accident de la route. Paasilinna parvient à créer des œuvres hautes en couleur à l’intérieur desquelles on retrouve des décors enchanteurs et des personnages singuliers, mais attachants (Schoentjes, 2015). Le registre ludique et l’humour déroutant de l’auteur du Lièvre de Vatanen, marquent la volonté de Paasilinna de déplacer les images traditionnelles de la Finlande, de déconstruire cet imaginaire du Nord — discours pris en charge, la plupart du temps, par des cultures extérieures au territoire (Chartier, 2018) — et d’aborder des sujets graves, des questions d’ordre éthique, sans pour autant tomber dans le pathos (Schoentjes, 2015). Dans ce roman, la forêt n’agit pas en tant qu’arrière-plan ou comme simple décor où se déroule l’action. Au contraire, elle devient une figure, un personnage possédant ses propres frontières. Le protagoniste entre en contact avec la forêt (et avec ce qui l’habite) et il apprend à la découvrir, à la redécouvrir. Les romans de Paasilinna sont malheureusement encore très peu connus de ce côté de l’Atlantique et ce projet de recherche me semble l’opportunité idéale d’étudier un corpus étranger et, par la même occasion, de contribuer à la recherche émergente (au Québec) en ce qui a trait à la littérature finlandaise. Dans ce mémoire, je propose d’analyser la figure sylvestre et d’observer ses impacts dans les relations personnelles, animales et naturelles que l’on retrouve dans des épisodes clés de l’œuvre. Je pose donc l’hypothèse que, dans ce roman, la figure sylvestre a un impact sur les relations personnelles, animales et naturelles et qu’elle détermine la quête du personnage principal.