Mariane Ménard

Mariane Ménard

Étudiant(e)s des cycles supérieurs
Programme d'étude
Maîtrise en études littéraires
Université
Université du Québec à Montréal
Titre du mémoire et/ou de la thèse

«L’événement médiatique de la “crise de Val-d’Or” comme récit»

Sous la direction de

Résumé

Le 22 octobre 2015, Radio-Canada diffusait sur sa chaîne télévisée un reportage réalisé par l’équipe de l’émission Enquête, dans lequel des femmes autochtones de Val-d’Or témoignaient d’agressions sexuelles et abus perpétrés à leur endroit par des policiers de la Sûreté du Québec. La mise au jour de cette information a suscité de vives réactions politiques autant qu’elle a généré d’attention médiatique: entre octobre 2015 et juin 2017, Le Devoir, La Presse, Radio-Canada, TVA, le Journal de Montréal et L’écho abitibien ont publié un total de 410 articles relatifs à ce que l’on nomme désormais la « crise de Val-d’Or » ou encore les « événements de Val-d’Or ». Cet ensemble de discours peut dès lors être considéré comme un « événement » (St-Amand, 2015) et être analysé comme un « récit » (Cambron, 1989). Formé d’un récit principal, ce récit est aussi polyphonique, puisqu’il est composé d’une multitude de récits individuels (Eigenbrod, 1995). Considérant le discours médiatique sur cet événement comme un récit, nous proposons, dans ce mémoire, d’en dégager le fil narratif, les personnages, de même que les procédés littéraires qui le construisent. Notre hypothèse est que l’ensemble du discours médiatique sur la crise de Val-d’Or constitue un récit qui peut être énoncé parce qu’il se développe dans un contexte hégémonique qui définit les règles d’acceptabilité du discours et qui est constamment remodelé, selon le principe d’intertextualité, par les multiples discours qui le composent. Ce contexte hégémonique (Coulthard, 2014; Sioui Durand 2016; Simpson, 2011) est d’abord celui d’une résurgence autochtone au Canada, qui se manifeste notamment par le mouvement Idle No More, par la création au Québec et au Canada de plusieurs programmes universitaires d’études autochtones et par un foisonnement de productions culturelles autochtones au Québec. Il est aussi celui d’un vaste mouvement de dénonciation des agressions et du harcèlement sexuels (Keller, Mendes et Ringrose, 2016), lequel s’illustre au Canada dans le mouvement #AgressionNonDénoncée (#BeenRapedNeverReported) et, plus récemment, dans le mouvement #MoiAussi (#MeToo). Notre corpus est composé de 410 articles, reportages et textes d’opinion provenant des médias francophones bénéficiant d’une diffusion nationale que sont Le Devoir, La Presse, Radio-Canada, TVA et le Journal de Montréal, ainsi que du journal local de Val-d’Or L’écho abitibien. Notre analyse porte sur les composantes formelles et thématiques d’un récit médiatique formant un « événement » (Chartier, 2010) commençant le 20 octobre 2015 et se terminant le 20 juin 2017, au terme d’une première série de témoignages à la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP) qui marque une diminution impressionnante de l’intérêt des médias pour les événements de Val-d’Or. Dans le cadre de ce mémoire, nous analyserons la polyphonie du discours médiatique de cet événement à partir des théories issues des études littéraires afin de dégager la forme, la teneur et l’organisation de ce récit.