Azalée Thérien
«Figures poétiques et représentations du territoire spirituel: le lien à la “Terre-Mère” dans la poésie de Rita Mestokosho»
Résumé
Dans ce mémoire, nous analysons les trois recueils publiés par la poétesse innue Rita Mestokosho dans une approche écopoétique autochtone. L’objectif est de mettre au jour et d’étudier les représentations du territoire dans l’œuvre de Mestokosho afin d’en faire émerger un imaginaire de l’environnement, qui s’oppose à l’hégémonie coloniale séparant la nature de la culture. Cet imaginaire passe par la mise en valeur des croyances et de la cosmologie innues, et c’est pourquoi nous le nommons dans cette analyse le « territoire spirituel ». L’œuvre de Rita Mestokosho dépasse la dichotomie qui sépare la culture humaine et l’environnement naturel par la mise de l’avant d’une culture qui prendrait naissance dans le territoire et qui serait partagée par tous les êtres.
Ce mémoire est divisé en trois parties, qui permettent d’analyser les composantes du territoire spirituel de l’imaginaire innu, tel qu’on le retrouve dans la poésie de Rita Mestokosho. Il y a d’abord l’aspect décolonial, puisque la poésie de cette autrice se place contre les pouvoirs et les perceptions coloniales du territoire. Cet aspect s’illustre comme une résistance par l’écriture poétique, en plus de transformer l’image de la frontière. Ensuite, il y a la figure de la Terre-mère qui vise dans la poésie de Mestokosho à promouvoir un lien intrinsèque de l’Innu à son territoire. Il est question dans cette partie d’une mutualité entre la mère et le territoire afin de valoriser la transmission générationnelle qui passe par la Terre. Puis, pour terminer, il y a les figures autres-qu’humaines (animales ou naturelles) qui seront analysées dans le but d’illustrer que cet imaginaire inclut une culture basée sur une vision cosmocentrique du monde. Ceci passe autant par les croyances animistes que par le langage poétique.
Ainsi, cette recherche vise à mettre au jour dans la poésie de Rita Mestokosho un imaginaire du territoire, ancré dans une spiritualité innue, où la protection de l’environnement apparaît nécessaire pour préserver la culture et la survie des êtres vivants. Mestokosho offre des représentations et des figures qui remettent en question l’imaginaire dominant du territoire au Québec et, plus largement, de l’exploitation de ce territoire. De là l’importance d’une analyse écopoétique de son œuvre.
Mots clés : littératures autochtones, littérature innue, poésie, territoire, Côte-Nord, Québec, Nitassinan, identité, colonisation, spiritualité, nature, environnement, relation, Rita Mestokosho, écopoétique, écocritique.
Azalée Thérien, « La forêt comme identité à protéger dans Née de la Pluie et de la Terre de Rita Mestokosho et Mes forêts d’Hélène Dorion », Cahier ReMix : « La forêt vibrante sous les mots », numéro 23, 2024, en ligne.
J. Danard, F. Ronco, A. Thérien, « Onde de tempête », Quartier F, Cahier 9 : « Réécritures écologiques », en ligne.