Colloque international québéco-norvégien « Traduire, adapter — les littératures du Nord, la littérature vers le Nord »
Bergen, du 8 au 10 décembre 2025
Programme des activités
LE LUNDI 8 DÉCEMBRE 2025
10h00 MOT DE BIENVENUE ET INTRODUCTION
Responsables de Litteraturhuset i Bergen et les organisateurs (Margery Vibe Skagen, Daniel Chartier, Gabrielle Tremblay et Sonia Lagerwall)
10h30 PREMIÈRE SESSION / PRÉSIDENCE DE SÉANCE : DANIEL CHARTIER
Mickaëlle Cedergren (professeure, Stockholms Universitet, Suède)
« Création littéraire, autotraduction et humanités numériques »
Cette communication est une proposition méthodologique qui prend son point de départ dans une réflexion sur le processus créatif des autotraductions à partir d’un cas d’étude suédois. L’application d’une nouvelle méthode comparative computationnelle permet de mesurer les écarts significatifs entre une version initiale écrite dans une langue A et une version ultérieure traduite dans une langue B en utilisant un logiciel des humanités numériques, le Laboratoire des mythèmes, afin d’examiner les variations les plus significatives de la trame narrative du texte. À partir d’une étude de cas basée sur l’autotraduction de l’écrivaine suédoise Marika Stiernstedt (1875-1954), cette communication propose un parcours méthodologique en trois étapes. Au niveau macroscopique, l’étude visualise la structure du roman dans les deux versions en identifiant les unités discursives structurantes les plus significatives de chacun des textes. À un niveau intermédiaire, l’étude quantitative des mythèmes permet de relever les redistributions des unités discursives par catégorie et de cibler les variations des ensembles thématiques. Au niveau miscroscopique, l’analyse d’un des mythèmes-clefs du texte peut en expliquer les variations sémantiques majeures entre les textes.
Mickaëlle Cedergren est professeure d’études littéraires de langue française à l’Université de Stockholm. Spécialiste des transferts culturels franco-suédois, ses recherches en sociologie littéraire portent sur la médiation des littératures francophones dans un contexte nordique et sur l’écriture en français des écrivains et écrivaines suédois plurilingues. Elle est codirectrice en chef de la Revue nordique des études francophones avec Christophe Premat et a dirigé une dizaine de collectifs. Elle mène actuellement un projet de trois ans sur le processus créatif des autotraductions de Marika Stiernstedt (financé par la Fondation Olle Enqvist) et publie actuellement, avec Alice Duhan, la première anthologie suédoise portant sur l’écriture plurilingue des écrivaines suédoises.
Thomas Lundbo (écrivain et traducteur, Norvège)
« La traduction de poésie entre réécriture et exposition »
En norvégien, il existe un terme particulier pour désigner la traduction de poésie : le mot un peu solennel « gjendiktning », dont le préfixe « gjen- » (re-) suggère que cette activité implique un niveau plus élevé de création littéraire, assimilant la traduction à une véritable réécriture. Cette conception est liée à la fois au statut élevé de la Poésie (avec un grand P) et aux contraintes formelles (métriques, prosodiques, sonores) supposées inhérentes au genre, qui requièrent un travail dépassant largement le transfert d’un contenu sémantique. Cependant, depuis le modernisme, l’histoire de la poésie s’est progressivement orientée vers la déconstruction des structures formelles et du sacré poétique. Ce développement interroge le statut et le rôle du traducteur : comment les pratiques traductives s’ajustent-elles face aux nouvelles pratiques poétiques, qui, parfois, se distancient de la notion même de poésie ?
Thomas Lundbo est un écrivain norvégien et traducteur de littérature de fiction. Il est titulaire d’un diplôme de cand.philol. de l’Université d’Oslo, avec un mémoire consacré à François Rabelais. Il a été membre de la rédaction de la revue littéraire Kuiper et a siégé au comité d’organisation du festival Audiatur – festival for ny poesi. En 2008, il reçoit le Prix de traduction du ministère norvégien de la Culture et de l’Égalité pour la littérature jeunesse, pour sa traduction de Kiffe kiffe demain de Faïza Guène. Lundbo obtient en 2011 le Prix des clubs de lecture pour la traduction littéraire, récompensant l’ensemble de son travail. En 2014, il est nommé pour le prix Brage pour son livre Karakterer, etter La Bruyère, inspiré du classique français Les Caractères (publié en 1688) de Jean de La Bruyère. En 2023, il publie le roman Den som jubler sist, salué par la critique. À l’automne 2023, il reçoit également le prix Thorleif Dahl pour l’ensemble de son œuvre de traducteur.
Anje Müller Gjesdal (enseignante, Høgskolen i Østfold et Universitetet i Bergen, Norvège)
« Traduire les valeurs de 1968 — traduction et réception de la série Barbapapa en Norvège dans les années 1970 »
La série Barbapapa est un exemple majeur de la traduction et de la diffusion de la littérature jeunesse. Créé en 1970 par l'Américain Talus Taylor et l'architecte française Annette Tison, le premier livre a donné naissance à une importante franchise : albums, dessins animés, bandes dessinées, disques et produits dérivés (Boulaire, 2023). Si l’univers des Barbapapas est aujourd’hui largement associé à un large succès commercial, les premiers livres étaient imprégnés des valeurs antiautoritaires et contre-culturelles de 1968, et abordaient des sujets tels que l'écologie, la pédagogie critique et la pédagogie anti-autoritaire. Cette communication présente une analyse de la traduction et de la réception en Norvège de ces premiers livres. Traduits pour la première fois en norvégien en 1975, le livre a suscité des réactions mitigées : certains ont salué l’originalité joyeuse de la famille Barba, tandis que d'autres y ont vu le reflet des idéaux de la société de consommation (Birkeland, 1979). Les traductions se caractérisent également par des procédés de domestication et d'harmonisation (Venuti, 1993), pouvant s’apparenter à une forme de manipulation idéologique (Leonardi, 2020), dans la mesure où le texte source a été adapté aux goûts et aux valeurs du public norvégien. La traduction et la réception de Barbapapa en Norvège dans les années 1970 montrent peu de traces des valeurs contre-culturelles de la série originale. Dans un contexte culturel encore conservateur, l’espace discursif des valeurs plus anarchiques du mouvement français de 1968 était limité, ce qui se reflète dans la traduction et la réception de Barbapapa.
Anje Müller Gjesdal est maîtresse de conférences à Østfold University College et maîtresse de conférences II à l’Université de Bergen, où elle enseigne la grammaire et la traduction spécialisée.
12h15 DÉJEUNER
14h DEUXIÈME SESSION / PRÉSIDENCE DE SÉANCE : GABRIELLE TREMBLAY
Noémie Pomerleau-Cloutier (autrice, Québec)
« Tenir le fil – communication sur les liens entre écriture, textile et engagement social »
Dans cette communication, par une présentation de ses projets artistiques passés, en cours et en idéation, l’autrice et artiste textile Noémie Pomerleau-Cloutier aborde l’entremêlement de ses identités. Elle démontre la nécessité pour elle de faire intervenir dans sa pratique artistique, au sein d’un même projet, la citoyenne engagée, la travailleuse au sein d’organismes communautaires, la médiatrice culturelle, l’écrivaine et l’artiste textile. Elle aborde sa vision du traitement d’histoires sensibles dans l’écriture, où l’on marche sur un fil fragile et tendu qu’il faut savoir préserver par le lien. Elle présente aussi la façon dont l’écriture de l’autre tisse pour elle un sens encore plus fort et durable quand on la joint au travail textile.
Noémie Pomerleau-Cloutier est originaire de la Côte-Nord et vit à Rimouski, au Québec. Elle est autrice, artiste textile, médiatrice culturelle, formatrice et intervenante. Elle a publié deux recueils de poésie, Brasser le varech (La Peuplade, 2017) et La patience du lichen (La Peuplade, 2021 et Bibliothèque québécoise, 2025), qui a gagné le Prix de l’œuvre de la relève du CALQ à Montréal en 2021. Elle a aussi fait paraître un recueil de poésie jeunesse, Tête boule disco, chez Boréal (2024), mis en nomination aux Prix littéraires du gouverneur général 2025. L’empathie teinte sa pratique artistique qui puise dans un profond respect pour le territoire, et pour ces histoires en chacune et chacun de nous qui sculptent la relation à soi, aux autres et aux lieux.
Philippe Doucet (étudiant, Université du Québec à Montréal)
« Humiliation et homosexualité : du théâtre de Michel Marc Bouchard au cinéma de John Greyson et Xavier Dolan »
Originaire d’Alma, ville située au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Michel Marc Bouchard a publié de nombreuses pièces de théâtre depuis le début des années soixante-dix. Son œuvre est porteuse d’une voix queer et rayonne au Québec comme à l’étranger. Les textes Les feluettes (1987) et Tom à la ferme (2011) de Bouchard mettent en scène des humiliations subies par des hommes homosexuels. La communication porte sur ces deux pièces de théâtre et sur leur adaptation cinématographique, respectivement Lilies (1996) de John Greyson et Tom à la ferme (2014) de Xavier Dolan. L’objectif de la communication est d’étudier la manière dont les adaptations réinterprètent les humiliations représentées dans les pièces de Bouchard. Elle porte plus particulièrement sur la façon dont le cinéma met en évidence les rapports de force entre le Nord et le Sud à travers les scènes d’humiliation. Elle pose la question suivante : comment les adaptations permettent-elles de porter la voix des personnes queers dans le Nord ? Les travaux de Wayne Koestenbaum (2011) et de Claude Giraud (2021) permettront de poser un regard analytique sur les scènes d’humiliation. De plus, les tensions Nord-Sud seront analysés à la lumière des travaux sur le Nord de Louis-Edmond Hamelin (1975) et de Daniel Chartier (2018).
Détendeur d’un baccalauréat en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, Philippe Doucet est étudiant à la maîtrise en études littéraires sous la direction de Daniel Chartier. Son mémoire porte sur la forêt nordique et les personnages masculins qui y fuient, notamment dans le roman norvégien Doppler (2004, tr. fr. 2006) d’Erlend Loe. Il est aussi membre étudiant du Centre de recherche interuniversitaire en littérature et culture québécoises (CRILCQ).
Margery Vibe Skagen (Universitetet i Bergen, Norvège)
« Autour de la poète, traductrice et éditrice norvégienne Hanne Bramness : sonder la mémoire des lieux et l’espace derrière les mots »
Cette communication vise à présenter l’écriture et la poétique de Hanne Bramness, qui est reconnue comme l’une des voix majeures de la poésie norvégienne contemporaine. Il s’agira d’étudier la manière dont ses textes contemplatifs, caractérisés par une grande complexité sensuelle et émotive, ressuscitent, explorent et prolongent le passé dans le présent. Sa poésie peut donner une impression à la fois de précarité et d’abri : elle permet au lectorat de se retrouver dans des paysages et des intérieurs familiers, mais menacés d’effacement dans la mémoire médiatique actuelle. Son dernier livre, Himmelen faller ikke ned (2025) constitue un exemple de récit (poétique) de filiation. Dans ce recueil de 2025, le « moi » fait une dernière tentative de rejoindre et de comprendre l’énigme de la distance affective entre la fille, parvenue au seuil de sa propre vieillesse, et la mère, au bord de la mort.
Margery Vibe Skagen est professeure de littérature française au Département de langues et de littératures étrangères à l’Université de Bergen. Elle a publié de nombreux articles sur Baudelaire et a coédité plusieurs anthologies dans le domaine de la littérature et des savoirs, ainsi que dans celui de la littérature et du vieillissement. Elle dirige le programme de recherches interdisciplinaire Historicizing the Ageing Self, financé par le Conseil de recherche de Norvège, de 2016 à 2021. En 2021, elle dirige l’ouvrage Cultural Histories of Ageing: Myths, Plots and Metaphors of the Senescent Self. Elle travaille actuellement sur le thème du vieillissement chez des auteurs contemporains comme Houellebecque et Ernaux.
19h ENTRETIEN LITTÉRAIRE AVEC HANNE BRAMNESS SUR SA PRATIQUE POÉTIQUE
Salle Amalie Alver de Litteraturhuset i Bergen (Østre Skostredet 5, Bergen)
Animée par Margery Vibe Skagen.
La conversation se déroulera en anglais.
LE MARDI 9 DÉCEMBRE 2025
10h TROISIÈME SESSION / PRÉSIDENCE DE SÉANCE : DANIEL CHARTIER
Annalena Sund Aillet (traductrice et psychologue, Suède)
« Réflexions sur ma traduction du roman Kukum de Michel Jean »
Cette communication porte sur les réflexions de la traductrice sur sa traduction du roman innu Kukum, de Michel Jean, que Annalena Sund Aillet a exposées au Centre des études du Canada à Stockholm. Traduire des textes autochtones implique une grande responsabilité. Elle partage l’avis de J-M Le Clézio qui écrit : « Il est vrai qu’il est injuste qu’un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants […]. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d’optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l’humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d’accéder à la culture ».
Annalena Sund Aillet est traductrice du français au suédois et psychologue en suédois, finnois, français et anglais. Son mémoire de licence au Département des langues romanes et classiques à l’Université de Stockholm consiste en une lecture écocritique du roman Kukum de Michel Jean, qu’elle a traduit pour Elisabeth Grate Bokförlag. Elle est également étudiante en traduction spécialisée du français au niveau master à Linnéuniversitet, à Växjö, en Suède.
Catherine Ego (traductrice et intervieweuse, Québec)
« Traduire le monde inuit. Si loin, si proche »
La traduction vers le français de plusieurs œuvres d’auteurs autochtones — romans, poésie, bandes dessinées, théâtre, essais —, en particulier d’auteurs inuits, fait apparaître la singularité de cette entreprise traductionnelle. Cette communication porte sur certaines des questions fondamentales soulevées par ces pratiques traductives, notamment : comment se définissent les textes « autochtones » ? Qui possède la légitimité de les traduire ? Quels liens établir avec l’auteur ou l’autrice du texte ? Quels sont les principaux écueils (traductionnels, politiques, culturels, fantasmatiques) d’un tel projet ? Quelles précautions prendre pour les repérer et les éviter ? Les écrits des auteurs inuits ou des Premières Nations devraient-ils être, plus que les autres, périodiquement retraduits ? Leur traduction appelle-t-elle une adaptation particulière au lectorat-cible ? Une étude de cas du Harpon du chasseur de l’auteur inuit Markoosie permet d’illustrer ces enjeux. Ce texte, qui a connu trois traductions publiées vers le français (Claire Martin, 1971 ; Catherine Ego, 2011 ; Valerie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu, 2021), offre un terrain privilégié pour examiner différentes manières d’aborder la traduction française des auteurs inuits.
Catherine Ego est traductrice littéraire, intervieweuse radio et enseignante. Elle a traduit à ce jour une quarantaine d'œuvres de fiction et d’essais – notamment un important corpus de littérature inuite et des Premières. Finalliste des Prix littéraires du Gouverneur général–Traduction en 2015, elle remporte cette prestigieuse distinction en 2016 pour La destruction des Indiens des Plaines (James Daschuk, PUL), puis en 2023 pour Dans l’ombre du soleil (Esi Edugyan, Boréal). Elle est l’autrice du rapport La traduction littéraire de, vers et entre langues autochtones au Québec (ATTLC, 2025). Depuis 2021, elle coréalise et coanime l’émission radio et balado Confluents, qui donne la parole aux Autochtones des diverses nations au fil d’entrevues hebdomadaires. Elle est titulaire d’un MBA en management (Université Laval), d’un baccalauréat en science politique (UQAM), d’un certificat en études autochtones (Université de Montréal) et d’un DESS en prévention et règlement des différends (Université de Sherbrooke). Vice-présidente pour le Québec de l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada (ATTLC) de 2021 à 2025, elle est également chargée de cours en traduction littéraire.
Olivier Hamel (doctorant, Université du Québec à Montréal)
« Traduire les littératures autochtoqueers en langue coloniale. L’enjeu des genres morphologiques en français »
Cette communication porte sur la façon dont les autrices et auteurs autochtoqueers ― et les maisons d’édition qui les traduisent ― composent avec la binarité des genres morphologiques de la langue française pour transmettre adéquatement la conception des genres sociaux chez les nations autochtones. Elle examine également les limites des principaux systèmes d’écriture inclusive développés en français et des enjeux de lisibilité qu’ils posent dans un contexte de partage et de diffusion des récits autochtoqueers à un large public. Pour ce faire, l’étude s’appuie sur les considérations théoriques émises par l’auteur cri Tomson Highway dans ses essais Rire avec le Trickster et Pour l’amour du multilinguisme, ainsi que sur les réflexions linguistiques de l’auteur Oji-Cri Joshua Whitehead dans son essai Lettre d’amour au territoire. Tous deux expliquent que la plupart des langues autochtones d’Amérique du Nord se structurent plutôt autour d’une opposition entre « animé » et « inanimé » que d’une opposition entre « masculin » et « féminin ». L’analyse repose également sur les œuvres romanesques et poétiques de l’auteur cri de la nation Driftpile (Alberta) Billy-Ray Belcourt et de l’autrice Michi Saagiig Nishnaabeg (Ontario) Leanne Betasamosake Simpson. Dans les deux cas, les traductions en français de leur texte recourent au néopronom iel et au système d’écriture inclusive du doublet abrégé par un point médian.
Olivier Hamel est étudiant au doctorat en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Sa thèse effectuée sous la direction de Daniel Chartier porte sur les discours littéraires queers dans les littératures du Nord circumpolaire du XXIe siècle. Son mémoire de maîtrise s’intitule « La fuite du Nord vers le Nord. Tension entre espace imaginaire et lieu réel dans les littératures circumpolaires du XXIe siècle ». Il est membre étudiant du Centre de recherche en littérature et culture au Québec (CRILCQ) et de l’Association internationale des études québécoises (AIÉQ).
12h DÉJEUNER
14h QUATRIÈME SESSION / PRÉSIDENCE DE SÉANCE : ANJE MÜLLER GJESDAL
Louise Verschaeve (doctorante, Université du Québec à Montréal)
« La nature nordique pour illustrer le trauma. Étude comparative de deux romans graphiques du Nord »
Cette communication a pour but de déceler l’interaction entre la nature et le trauma lié aux violences sexuelles dans le contexte nordique. Une résurgence de mouvements féministes dans le milieu littéraire se fait remarquer en Suède et au Canada depuis 2010. Ceux-ci se rejoignent par l’utilisation accrue du roman graphique comme médium pour faire circuler les idéaux féministes actuels, plus particulièrement, depuis 2020, à propos du trauma lié aux violences sexuelles. Cette étude comparative de deux romans graphiques contemporains qui consacrent une importance à la figuration de la nature, vise à examiner la manière dont les motifs climatiques propres aux pays du cercle circumpolaire influencent la représentation du trauma lié aux violences sexuelles dans les romans graphiques. Cette étude se penche sur les romans graphiques Ce qui se passe dans la forêt, de Hilda-Maria Sandgren (2016), et Notre petit secret, d’Emily Carrington (2022). Que la nature soit dépeinte ou décrite dans l’œuvre, sa présence sera d’abord analysée en tant que silence, permettant de symboliser l’indicible des violences sexuelles, puis sous le rapport de la personne victime à la nature à la fois rassurante et nostalgique.
Louise Verschaeve est étudiante au doctorat en études littéraires, concentration en études féministes, à l’Université du Québec à Montréal, sous la direction de la professeure Gabrielle Tremblay. Son projet doctoral porte sur le roman graphique féministe au Québec. En 2024, elle publie son mémoire de maîtrise « L'a-maternité volontaire : la représentation des femmes sans enfants par choix dans trois romans graphiques contemporains » à l’Université de Sherbrooke, sous la direction de la professeure Isabelle Boisclair. Ses champs d’intérêt en recherche sont le roman graphique, la littérature féministe, l’intermédialité, les représentations du corps féminin en littérature et le champ littéraire québécois.
Sonia Lagerwall (professeure, Universitetet i Bergen, Norvège)
« Porter la voix d’un monde en disparition.
Les grands cerfs de Claudie Hunzinger et son adaptation en roman graphique par Gaétan Nocq »
Installé dans les Vosges depuis le Pléistocène, le cerf est emblématique de la faune des forêts du nord-est de la France. Dans Les grands cerfs (2019), Claudie Hunzinger retrace la découverte progressive de cet animal discret. Après plusieurs années passées dans une métairie isolée, l’écrivaine et plasticienne décide de s’approcher enfin de leur monde mystérieux. Initiée à l’art de l’affût, elle s’applique à devenir invisible pour pouvoir les observer, dans un exercice de métamorphose et d’écoute de « la force sauvage de la forêt qui nous vient du fond des temps ». Le récit, situé entre roman, récit, conte et épopée, s’ancre dans des références à l’indianité (Dennis Banks, Geronimo, Teresa C. Mc Luhan) et dans une vision du monde où les frontières entre espèces s’estompent. L’ouvrage a été adapté en roman graphique par Gaétan Nocq en 2021 chez Daniel Maghen Éditions. L’adaptation reprend l’idée d’un monde où arbres, cerfs et autres êtres vivants « n’ont pas la parole humaine et ne peuvent pas dire ce qu’il se passe ». Dans cette communication, les stratégies textuelles dont se sert Claudie Hunzinger pour porter la voix de ce monde animal en voie de disparition seront analysées, puis comparées à l’adaptation de Gaétan Nocq dans un média hybride (texte/image). Une attention particulière est portée à la littérature comme moyen d’immersion dans l’altérité et la représentation de temporalités plus-qu’humaines, que des motifs tels que la porte coulissante ou les jumelles permettent de faire coexister. Dans cette remédiatisation, la représentation du lieu se nourrit de la présence animale pour devenir « un monde sécrété par eux » (A. Simon).
Sonia Lagerwall est professeure de littérature française à l’Université de Bergen. Elle a obtenu son doctorat à l’Université de Göteborg en 2004 avec une thèse consacrée à Michel Butor. Ses principaux domaines de recherche sont la littérature française moderne et l’intermédialité, avec une attention particulière portée à l’écriture contemporaine en dialogue avec la peinture, la photographie, Internet et les nouveaux médias. Elle est membre du groupe LINGCLIM, dédié à la recherche sur les récits et les usages de la langue liés aux questions de changement climatique, de transition énergétique, de nature et d’écologie, dans une perspective interdisciplinaire.
Gabrielle Tremblay (professeure, Université du Québec à Montréal)
« Adaptation cinématographique et feminist gaze : La rivière sans repos, une proposition filmique par le Nord et pour le Nord »
Publié à l’origine en 1960, La rivière sans repos de Gabrielle Roy, tantôt considéré comme un roman, tantôt comme une longue nouvelle, est un texte de fiction adapté au cinéma en 2019 par Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu. Principalement campés durant la première moitié du XXe siècle à Fort Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq), l’objet littéraire et le film mettent tous deux en scène un moment de l’histoire du Nord où l’influence coloniale blanche et la survivance culturelle inuit s’entrechoquent. Dans le cadre de cette communication, il est d’abord question de présenter brièvement l’œuvre de Gabrielle Roy, puis de rendre compte du processus d’adaptation cinématographique sensible et situé de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, ainsi que de leur travail de collaboration résolument tournée vers le Nord. Enfin, il s’agit d’observer comment le film transcende l’écriture de Gabrielle Roy, certes emplie d’affects empathiques, mais néanmoins quelque peu surplombante par rapport au réel qu’elle cherche à dépeindre dans son texte de fiction, pour proposer un univers cinématographique qui reste au plus près de l’expérience vécue par Elsa, sa protagoniste inuite. En plus d’extraits du dossier de presse du film à l’étude, la démonstration prend appui sur les théories de l’adaptation (Cléder et Jullier, 2017), de même que sur les concepts de female gaze (Brey, 2020) et de feminist gaze (Fayolle, 2023).
Gabrielle Tremblay est professeure au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ). En 2015, elle publie Scénario et scénariste (LettMotif), un livre dédié à la reconnaissance institutionnelle de l'objet scénaristique dans le monde de l'art cinématographique en France. En 2022, dans les pages de la revue savante Voix et Images, elle dirige le dossier thématique « Regards actuels sur la scénarisation au Québec ». Toujours en 2022, elle codirige avec Romana Turina (Arts University Bournemouth, Angleterre) un numéro spécial du Journal of Screenwriting sous le titre « Textual Perspectives: Screenwriting Styles, Modes, and Languages ». En février 2024, elle publie aux Presses de l’Université de Montréal (avec l’appui du Prix d’auteurs pour l’édition savante [PAES] de la Fédération des sciences humaines du Canada) une monographie ayant pour titre Lire des scénarios. Pour une approche interdisciplinaire et contemporaine des pratiques scénaristiques. À l’automne 2024, elle signe l’édition critique du scénario Les ordres de Michel Brault aux éditons Somme toute.
19h LECTURE CROISÉE EN FRANÇAIS ET EN NORVÉGIEN ENTRE LES POÈTES
NOÉMIE POMERLEAU-CLOUTIER ET HANNE BRAMNESS
Salle Amalie Alver de Litteraturhuset i Bergen (Østre Skostredet 5, Bergen).
Animée par Daniel Chartier et Margery Vibe Skagen.
La discussion après les lectures se déroulera en anglais.
LE MERCREDI 10 DÉCEMBRE
15h ATELIER DE POÉSIE EN FRANÇAIS AVEC NOÉMIE POMERLEAU CLOUTIER
Salle Amalie Alver de Litteraturhuset i Bergen (Østre Skostredet 5, Bergen).
Ouvert à toustes.

Ces activités s’inscrivent dans le cadre d’un projet de coopération intitulé « Porter la voix des autres. Målbære andres stemmer » (2025-2028), co-dirigé par Margery Vibe Skagen de l’Université de Bergen et Daniel Chartier l’Université du Québec à Montréal. Ce projet, qui s’intéresse aux aspects sociaux et professionnels de la littérature, rassemble dans un contexte francophone des étudiant.e.s, des littéraires, des professeur.e.s, des chercheur.e.s, des écrivain.e.s, des traducteur.trice.s, des éditeur.trice.s et des médiateur.trice.s culturels du Québec et de la Norvège, tout en s’associant à des francophones d’ailleurs dans le monde. « Porter la voix des autres » implique d’ouvrir de nouvelles voies pour l’expression des personnes et des cultures souvent moins représentées dans les cursus universitaires et de veiller à leur reconnaissance. Ce projet permet ainsi d’imaginer et d’inclure de nouvelles pratiques de diffusion de la littérature qui explorent, parmi d’autres thèmes, les enjeux contemporains de la diversité.
Le colloque est co-organisé par Daniel Chartier, Sonia Lagerwall, Margery Vibe Skagen et Gabrielle Tremblay, dans le cadre des travaux de la Section de français de l’Université de Bergen et du Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, ainsi que du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, du Centre de recherche sur la littérature et la culture au Québec (le CRILCQ), de la Chaire UArctic de recherche sur l’imaginaire, les perceptions et les médiations de l’Arctique et de Litteraturhuset i Bergen.
Nous remercions le Direktoratet for høyere utdanning og kompetanse de Norvège, le Conseil nordique des ministres et le Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec de leur soutien à l’organisation de ses activités de coopération entre la Norvège et le Québec.
Cet événement est le 20e colloque international organisé par le Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique de l’Université du Québec à Montréal.

Contexte du colloque et de l’appel — Ce colloque s’inscrit le cadre d’un projet de coopération intitulé « Porter la voix des autres. Målbære andres stemmer » (2025-2028), mise en place entre la Section de français de l’Université de Bergen et le Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique de l’Université du Québec à Montréal. Ce projet, qui s’intéresse aux aspects sociaux et professionnels de la littérature, rassemble dans un contexte francophone des étudiant.e.s, des littéraires, des professeur.e.s, des chercheur.e.s, des écrivain.e.s, des traducteur.trice.s, des éditeur.trice.s et des médiateur.trice.s culturels du Québec et de la Norvège, tout en s’associant à des francophones d’ailleurs dans le monde. « Porter la voix des autres » implique d’ouvrir de nouvelles voies pour l’expression des personnes et des cultures souvent moins représentées dans les cursus universitaires et de veiller à leur reconnaissance. Ce projet permet ainsi d’imaginer et d’inclure de nouvelles pratiques de diffusion de la littérature qui explorent, parmi d’autres thèmes, les enjeux contemporains de la diversité. Dans ce contexte, nous lançons ainsi un appel à communication pour un colloque qui aura lieu les lundi 8 et mardi 9 décembre 2025 à Litteraturhuset à Bergen.
Corpus et perspectives critiques — Ce projet porte sur les pourtours de la littérature : la traduction, l’édition, l’enseignement, la publication, la recherche, l’adaptation, la médiation et la mise en valeur des œuvres. Pour ce premier colloque (d’autres événements suivront), nous proposons une réflexion sur « Traduire et adapter », qu’il s’agisse de faire connaître les littératures du Nord vers d’autres langues ou les autres littératures vers le Nord. Nous pensons également à toutes les modalités esthétiques et sociales d’exploitation et de transformation de la littérature dans les cultures du Nord : que ce soit des processus d’alphabétisation, d’enseignement et de formation, ou que ce soit de création d’œuvres visuelles, télévisuelles, théâtrales et cinématographiques. Enfin, nous considérons le « Nord » dans sa définition la plus ouverte, inspirée des propositions du linguiste et géographe Louis-Edmond Hamelin, comprenant à la fois la Scandinavie, le Québec, la Finlande, la Russie, le Canada, le monde autochtone circumpolaire, ainsi que l’ensemble des territoires hivernaux et de la haute montagne.
Directives pour la participation — Les personnes intéressées peuvent envoyer une proposition de communication avant le 15 septembre 2025 au courriel suivant : imaginairedunord@uqam.ca. Les propositions d’une quinzaine de lignes doivent être accompagnées d’une courte notice biobibliographique précisant le statut et l’affiliation institutionnelle. Les auteurices des propositions retenues seront informé.e.s avant la fin septembre. Les frais de déplacement et de séjours devront être pris en charge par les participant.e.s. Les participant.e.s. retenu.e.s devront s’engager à être présent.e.s à Bergen pour la durée du colloque. La langue des présentations et des échanges lors du colloque sera le français. Les communications seront d’une durée de vingt minutes.
— Appel prolongé jusqu'au 29 septembre 2025.
Organisation — Le colloque est co-organisé par Daniel Chartier, Sonia Lagerwall, Margery Vibe Skagen et Gabrielle Tremblay, dans le cadre des travaux de la Section de français de l’Université de Bergen et du Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal, ainsi que du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, du Centre de recherche sur la littérature et la culture au Québec (le CRILCQ) et de la Chaire UArctic de recherche sur l’imaginaire, les perceptions et les médiations de l’Arctique.
Nous remercions HK-dir, le Conseil nordique des ministres, le Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, ainsi que le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec pour leur soutien à l'organisation de ce colloque et des activités littéraires qui y sont rattachées.