Laura Perez-Gauvreau

Laura Perez-Gauvreau

Étudiant(e)s des cycles supérieurs
Programme d'étude
Maîtrise en études littéraires
Université
Université du Québec à Montréal
Titre du mémoire et/ou de la thèse

«Figures de l’individualité et de la nature dans les recueils Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat (2013) de Joséphine Bacon et Se ha despertado el ave de mi corazón/Nepey ñi güñün piuke (1989) de Leonel Lienlaf»

Sous la direction de
Publications

Chartier, Daniel, Marie Mossé, Laura Perez-Gauvreau et Sharon Rankin, Littératures inuites ᐃᓄᐃᑦ ᐊᓪᓚᒍᓯᖏᑦ Inuit Literatures, Site internet publié sur la toile en mai 2020. 

« La mort de la mère et la mémoire : réappropriation du mythe dans Feue d’Ariane Lessard », à paraître dans FéminÉtudes, revue évaluée par les pairs, vol. 23, numéro 1, à venir en 2021. 

« Versos entre Montreal y Punta Arenas », poèmes choisis, Hispanophone, 20 mai 2017, http://hispanophone.ca/2017/05/20/2513/

Communications

«La mort de la mère et la mémoire» au colloque Le maternel et le fictif sous la direction de Lori Saint-Martin, Université du Québec à Montréal, décembre 2019.

Résumé

Depuis les années 2000, on constate au Québec un fort intérêt pour les littératures des Premières Nations (Létourneau, 2017). Le corpus des écrits littéraires innus en particulier s’est développé dès la fin des années 1990 (Gatti, 2009). Au Chili, le même phénomène s’est manifesté quelques décennies plus tôt avec le corpus mapuche, qui prend de l’ampleur depuis les années 1970 (Carrasco, 2014). Cette effervescence de voix autochtones a permis à différents concepts d’émerger dans les cercles universitaires dans les deux cultures en parallèle. En effet, l’arrivée des littératures autochtones dans les milieux académiques, tant au Québec qu’au Chili, a poussé les études littéraires à adapter leurs méthodes d’analyse aux nouveaux corpus et à créer des bases théoriques novatrices (Eigenbrod, 2008; Zurrita, 1989). Parmi les voix poétiques de ces corpus, certaines se sont illustrées comme pionnières : au Québec, entre autres, celle de Joséphine Bacon, poétesse innue originaire de Pessamit (Gatti, 2009), et au Chili, celle de Leonel Lienlaf, un poète mapuche de la région des lacs (Carrasco, 2014).

Bien que ces deux poètes ne se connaissent pas, on peut tracer entre eux plusieurs parallèles : tous deux sont issus de communautés autochtones d’Amérique, écrivent de la poésie, et tous deux publient des recueils bilingues. En effet, alors que Joséphine Bacon écrit et publie chacun de ses recueils en innu-aimun et en français, Leonel Lienlaf fait de même en mapudungun et en espagnol. Les deux recueils sélectionnés abordent la territorialité, un thème récurrent chez les auteur.e.s des Premières Nations (Létourneau, 2018). Le concept du territoire chez les peuples autochtones diffère de celui des peuples allochtones en plusieurs éléments (Chartier, 2020). Le dramaturge wendat Yves Sioui Durand explique notamment, dans le prologue de sa pièce de théâtre Le porteur des peines du monde, que le territoire est, chez les Autochtones, une notion qui ne se limite pas à la définition du mot « terrain » (Sioui Durand, 1992). Parallèlement, Luis E. Cárcamo-Huechante, théoricien littéraire mapuche, souligne que le mapudungun implique une compréhension du monde hors de la logique anthropocentrique puisque la terre, les animaux ou le vent communiquent au même titre que les êtres humains (Cárcamo-Huechante, 2014). Le territoire est même une notion identitaire chez certain.e.s auteur.e.s autochtones (« Nous autres en un mot: / Territoire » : Gill, 2015). Pour ces raisons, il serait intéressant de se pencher sur la notion d’individualité en regard de ce rapport particulier au territoire. Selon Jean-François Létourneau, pour les poètes autochtones québécois tels que Marie-Andrée Gill, Louis-Karl Picard Sioui et Natasha Kanapé Fontaine, « la lutte pour la survie des leurs et des territoires qui fondent l’identité des Premières Nations passe par l’intimité » (2017). Cette tendance vers l’écriture de l’intime — en lien avec le territoire — est déjà présente chez Joséphine Bacon et de Leonel Lienlaf : comment ces deux auteur.e.s représentent-ils leur individualité dans leur poésie? Dans ce mémoire, nous chercherons à cerner comment sont dépeints les rapports entre les représentations de l’individualité et celles du territoire dans les recueils de poèmes Se ha despertado el ave de mi corazón/Nepey ñi güñün piuke [L’oiseau de mon cœur s’est éveillé] (1989) de Leonel Lienlaf et Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat (2013) de Joséphine Bacon. Nous posons comme hypothèse qu’il existerait une tension entre l’évocation de la nature et de l’individualité dans les recueils de Bacon et Lienlaf, en lien avec des concepts propres aux langues et cultures innues et mapuches qui se trouvent à être comparables, malgré la distance et l’histoire distincte des peuples de ces deux poètes. Pour tenir compte des concepts autochtones, nous prendrons en considération les études et les entrevues des auteur.e.s qui explicitent les sens des poèmes de ces recueils en langues autochtones. Cette analyse constituera un premier lien entre les littératures innue et mapuche, lien qui permettra une compréhension plus riche de ces deux cultures. Cette analyse pionnière ne pourra qu’être approfondie par d’autres par la suite.